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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Glané... : la crise de l'élevage

3 Août 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #Élevage

Glané... : la crise de l'élevage

 

 

 

Dans Marianne du 31 juillet au 6 août 2015, M. Jean-Claude Jaillette « récidive » avec « Les vrais responsables de la crise agricole ». Un regard acéré et critique sur le rapport du Médiateur des relations commerciales agricoles [1].

 

En exergue :

 

« En fixant le prix qu'elle souhaite offrir aux consommateurs, la grande distribution dicte les prix de toute la chaîne. »

 

L'Obs de la même semaine a trouvé le remède à la crise : « Sauvés par le bio ». C'est pourtant simple ! « Producteurs de porcelets, d'agneaux et de charolais, des agriculteurs échappent à la crise grâce à un modèle réfléchi, plus proche de la nature et moins dépendant de la grande distribution. » C'est de la bouillie pour les bobos.

 

Valeurs actuelles a une couverture tape-à-l'œil : « Ces paysans qu'on assassine » avec en sous-titre : « Comment la France et l'Europe sacrifient nos éleveurs et nos campagnes »... Un cahier de neuf pages.

 

Sur la toile, nous avons croisé deux articles déjà un peu anciens de M. Jean-Marc Sylvestre sur Atlantico [2]. Dans « La méthode grecque s’invite dans le conflit des agriculteurs », il charge le gouvernement :

 

« Comment demander aux éleveurs de vendre de la viande plus chère quand, par ailleurs, il [le gouvernement] fait tout pour que la grande distribution fasse des efforts sur le prix. C’est à l’hypermarché de tout faire pour vendre le moins cher. Et pour vendre moins cher, il doit acheter moins cher. »

 

C'est probablement faire trop d'honneur au gouvernement, de quelque bord qu'il soit du reste. En fait, ce gouvernement a demandé, bien poliment, à la grande distribution d'acheter... plus cher ! C'est aussi imaginer que la grande distribution – qui se livre en son sein à une concurrence féroce, tout en se regroupant en centrales d'achats – n'est pas suffisamment intelligente pour comprendre où est son intérêt. Et c'est enfin supposer que ce sont les éleveurs qui fixent les prix.

 

Dans « Hollande et Valls découvrent que les écologistes et les altermondialistes ont ruiné l’agriculture française », il vitupère. Il nous semble qu'en matière de sur-règlementation « écologique », il faut plutôt pointer le doigt vers les gouvernements et qu'en la matière, des personnalités de droite et de gauche se sont largement illustrées dans la surenchère. Le Grenelle environnement est l'illustration caricaturale du mépris pour les réalités économiques, et même environnementales.

 

À l'écran, C dans l'air, sur France5, est une excellente émission, surtout quand elle est dirigée par des animateurs compétents comme M. Yves Calvi et Thierry Guerrier.

 

Celle du 30 juillet 2015 avait pour thème : « Viande : de l'élevage à l'assiette » [3]. Un affrontement bien maîtrisé par M. Guerrier entre la vision élitiste – et aussi haineuse (FNSEA par ici, FNSEA par là...) – et la vision réaliste. Le début est fracassant, avec un journaliste gastronomique qui trouve que le consommateur tombe d'apoplexie devant un steak tartare moderne ! Et un Pierre Hinard – auteur d'« Omerta sur la viande » – qui affirme dans la foulée que « la race [bovine], ça ne veut rien dire » ! Il y a aussi un reportage sur une boucherie de luxe ; le kilo d'entrecôte de Kobé à... 350 euros... Heureusement que Mme Brigitte Danchin, médecin, a remis quelques idées en place sur la nutrition. Et que le présentateur et l'économiste Pascal Perri étaient là pour rappeler qu'il y a une France qui trime. « Le salaire médian... c'est 1560 euros », dit ce dernier. Bah ! Quatre kilos et demi de bœuf de Kobé...

 

L'émission du 24 juillet 2015 réunissait Mmes Christiane Lambert et Agnès Verdier-Molinié et MM. Jean-Marc Daniel et Philippe Dessertine [4]. Un plateau très convivial avec une Première Vice-présidente de la FNSEA très affûtée et des économistes que la bobosphère s'empresse de taxer d'ultra-libéraux, vu qu'ils assènent des vérités dérangeantes (on peut ne pas apprécier leurs approches économiques, mais on ne peut guère écarter leurs diagnostics). Il faudrait ajouter un cinquième participant, le présentateur Axel de Tarlé qui n'a eu de cesse de (tenter de) ramener ses préjugés. Sa préoccupation initiale, s'adressant avec insistance à Mme Lambert : « Ça ne vous dérange pas de gâcher quand même les vacances des Français ? » C'est irritant mais, en dernière analyse, cela a permis quelques mises au point. Passablement agacée, Mme Christiane Lambert a lancé sur la fin :

 

« C'est comme journaliste et paparazzi. Si je vous appelle "paparazzi", ça vous plait ? »

 

Pressé par le temps, M. de Tarlé a pris ça dans une pirouette pour le mot de la fin. Mais ce serait plutôt le mot du début d'une réflexion qui devrait être menée sur le sort des agriculteurs et de l'agriculture qui nous nourrissent et sur l'amélioration de leur image. En particulier sur certaines chaînes de télévision.

 

_________________

 

[1] http://agriculture.gouv.fr/sites/minagri/files/rapport-mediateur-filieres-bovine-porcine.pdf

 

[2] http://www.atlantico.fr/decryptage/methode-grecque-invite-dans-conflit-agriculteurs-jean-marc-sylvestre-atlantico-business-2248719.html/page/0/1

 

[3]http://www.france5.fr/emissions/c-dans-l-air/diffusions/30-07-2015_346542

 

[4] http://www.france5.fr/emissions/c-dans-l-air/diffusions/24-07-2015_341259

https://www.youtube.com/watch?v=EuoXwwkjLFQ

 

 

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rageous 04/08/2015 08:57

"L'Obs de la même semaine a trouvé le remède à la crise : « Sauvés par le bio ». C'est pourtant simple ! « Producteurs de porcelets, d'agneaux et de charolais, des agriculteurs échappent à la crise grâce à un modèle réfléchi, plus proche de la nature et moins dépendant de la grande distribution. » C'est de la bouillie pour les bobos."
Exemple...
http://france3-regions.francetvinfo.fr/basse-normandie/fatigue-des-difficultes-de-son-activite-un-maraicher-vend-son-exploitation-778665.html

Seppi 04/08/2015 10:55

Merci pour ce lien fort intéressant et instructif qui me servira pour un article à venir.

Que dire quand on lit que cet homme se rémunère par un SMIC pour 70 heures de travail hebdomadaires (plus les coups de main des amis et de la famille) et que le reportage s'intitule :

« Malgré la réussité économique, ce maraîcher vend son activité » ?

Ces gens derrière une caméra ou un clavier, aux 35 heures avec sans nul doute quelques confortables avantages, ont-ils encore le sens des réalités ?