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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Chambre des Communes britannique : Greenpeace, les militants anti-OGM déforment la science sur les OGM

23 Août 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Andrew Porterfield, #critique de l'information, #Greenpeace

Chambre des Communes britannique : Greenpeace, les militants anti-OGM déforment la science sur les OGM

 

Appel à la « dérégulation »

 

Andrew Porterfield*

 

 

L'Union européenne et ses États membres doivent revoir radicalement leur réglementation afin que les plantes génétiquement modifiées puissent être autorisées s'il est scientifiquement prouvé qu'elles sont sûres, selon le rapport d'une commission de la Chambre des Communes du Royaume-Uni [1].

 

Le rapport – « Advanced genetic techniques for crop improvement: regulation, risk and precaution » (techniques génétiques modernes pour l'amélioration des plantes : réglementation, risques et précaution) – demande aussi au Gouvernement britannique d'apporter des changements similaires à sa réglementation, ce qui pourrait ouvrir la porte aux nouvelles cultures et nouveaux aliments génétiquement modifiés qui ont été pris dans un carcan réglementaire et politique alors qu'une grande partie du reste du monde étend l'utilisation des OGM dans l'agriculture. Actuellement, 28 pays cultivent des plantes GM.

 

Depuis près de 10 ans, l'Union européenne a interdit dans les faits ou explicitement [2] l'utilisation ou l'importation des plantes génétiquement modifiées dans ses Etats membres, bien que les instances de décision européennes aient récemment commencé à remettre en question une position qui est beaucoup plus restrictive que celle du Royaume-Uni, des États-Unis d'Amérique et d'autres nations. Plusieurs pays membres de l'UE ont commencé à s'intéresser à l'utilisation ou au développement de plantes génétiquement modifiées, et se sont mis à demander un assouplissement à l'UE.

 

Le rapport présente un message mitigé sur l'épineuse question de la façon de traiter l'opposition culturelle ou affective, non scientifique, aux nouvelles technologies. La Commission spéciale de la Chambre des Communes sur la science et la technologie semble avoir tenté de répondre aux préoccupations exprimées par les militants anti-OGM que les considérations politiques et culturelles devraient faire partie de la matrice de décision des gouvernements européens et des pays en développement. Mais elle a également critiqué le « principe de précaution », que les activistes citent souvent pour justifier leurs préoccupation non scientifiques.

 

Le principe de précaution n'est pas un principe scientifique, mais une interprétation culturelle de la tolérance au risque qui a été adoptée par de nombreux gouvernements, surtout en Europe. Ceux qui sont opposés aux OGM l'invoquent, en affirmant que « les plantes génétiquement modifiées posent intrinsèquement un plus grand risque que les plantes produites à l'aide d'autres techniques », même si toutes les grandes institutions scientifiques du monde [3], y compris toutes celles d'Europe, indiquent clairement que les OGM sont aussi sûrs ou plus sûrs que les cultures conventionnelles ou biologiques.

 

Selon le rapport de la Chambre des Communes, ces distorsions du principe de précaution par les opposants aux OGM ont abouti à ce qui suit :

 

  • Les véritables risques des nouvelles cultures, qui découlent de leurs caractéristiques et de leur l'utilisation sur le terrain, et non de leur mode d'obtention, ont été ignorés.

  • Le Royaume-Uni et de l'UE se sont laisser distancer dans le développement au rythme extrêmement rapide des biotechnologies agricoles, qui produit déjà de nouvelles méthodes génétiques « cisgéniques » et autres qui sont plus précises que les méthodes précédentes et ne nécessitent pas l'insertion d'un gène étranger.

  • Les avantages de la biotechnologie ont été ignorés, et on a ciblé tous les risques possibles, en raison d'une focalisation excessive sur l'incertitude scientifique qui ne peut jamais être levée, et n'a du reste jamais été levée lors de l'approbation de méthodes traditionnelles.

  • Les nations membres de l'UE ont été forcées de déclarer leur opposition aux OGM en termes scientifiques (en ayant souvent eu recours à des études taillées en pièces), alors que leur véritable opposition avait des motivations politiques ou éthiques.

 

Point tout aussi important que ses recommandations concernant la réforme réglementaire, le rapport de la Chambre des Communes a également exigé de relancer le débat public sur l'utilisation, les risques, l'éthique et les autres questions se rapportant aux plantes génétiquement modifiées. Les membres de la Commission ont noté que le simple emploi du terme « OGM » limite le débat, parce que la technologie au service de l'agriculture moderne a évolué bien au-delà de ce que les scientifiques et le public perçoivent comme la modification génétique.

 

Les organisations non gouvernementales (ONG), telles que Greenpeace ou GM Freeze, ont été invitées à présenter des commentaires à la Commission alors que le rapport était en cours de rédaction. Toutefois, le rapport a épinglé ces organisations pour avoir « sciemment et volontairement désinformé le public ». Il cite les commentaires de Greenpeace International, qui a écrit qu'« il n'y a pas une compréhension scientifique adéquate de leur impact [des OGM] », l'Alliance for Natural Health, qui avait écrit que « les OGM représentent la plus grande expérience incontrôlée jamais entreprise », et GM Freeze, qui avait annoncé l'éventualité de « dommages sociaux, économiques et environnementaux massifs dans le monde entier ».

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129. We are each entitled to our own opinion and value-based opposition to genetic modification, or any other technology, is perfectly legitimate. However, this does not justify knowingly and willingly misinforming the public. We strongly urge those seeking to inform the public about genetic modification and other advanced genetic plant technologies to provide an honest picture of the scientific evidence base and the regulatory controls to which these products are currently subject. Where opposition to such technologies is value-based, this should be openly acknowledged and should not be concealed behind false claims of scientific uncertainty and misleading statements regarding safety.

En janvier 2915, un consortium de groupes de plaidoyer anti-OGM dont Greenpeace, les Amis de la Terre et GeneWatch UK a envoyé une lettre [4] à la Commission européenne pour exiger que les produits des nouvelles méthodes de génie génétique des plantes et des animaux, telles que l'édition de gènes, qui ne sont pas aussi étroitement réglementées que le génie génétique classique, devraient être soumis aux lois actuelles de l'UE, labyrinthiques, sur l'évaluation et l'étiquetage. Leur objectif est de mettre un coup d'arrêt à l'innovation en génie génétique.

 

L'opposition des ONG a eu des conséquences dramatiques sur le bien-être humain, comme le suggèrent certaines études. « Une analyse récente [5] a estimé que le coût de l'opposition de l'éco- lobby au Riz doré (génétiquement modifié) a été d'environ 1,4 millions d'années de vie perdues lors de la dernière décennie rien qu'en Inde », a déclaré Johnjoe McFadden, professeur de génétique moléculaire à l'Université de Surrey. « Le nouveau rapport de la Commission exhorte à juste titre Greenpeace et d'autres groupes d'éco-activistes de mettre un terme à leur opposition, dont le motif est idéologique, à cette culture pouvant sauver des vies et des vues ».

 

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132. We question the basis for Greenpeace’s opposition to golden rice—a crop that is undergoing rigorous safety evaluations and has the potential to help protect many hundreds of thousands of children in the developing world from preventable blindness and early death—and question its public claim that this crop is “environmentally irresponsible” and “poses risks to human health”. We recognise that biofortification cannot replace a balanced diet but remind those who oppose golden rice that the best should not be the enemy of the good. We urge those organisations that actively campaign against the take-up of golden rice in other regions of the world to carefully consider how this position impacts on their professed humanitarian aims. We recommend that all such organisations—and specifically Greenpeace—review their public communication materials to ensure that they are evidence-based and honest in setting out the reasons for opposition to this technology.

Les médias n'ont pas été été épargnés non plus. Le rapport, étant britannique, s'est penché sur les émissions la chaîne publique British Broadcasting Corporation (BBC), relevant sa partialité issue d'un « faux équilibre », et d'une incapacité à traiter les groupes de pression comme des parties intéressées.

 

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127. We have performed no detailed study of BBC coverage for this inquiry; however, we again emphasise the central role that the BBC plays in communicating science and remind it of its responsibility, as a public sector broadcaster, to promote learning and encourage conversation and debate about this important topic. We encourage all of the media, particularly public broadcasters, to conduct a review of their own content on genetic modification, ‘GM’ and other related topics to ensure that it is fulfilling these public duties. In particular, consideration should be given to how this topic is framed and whether it is being considered broadly enough in the context of other agricultural methods and wider issues of food production and food security.

Parmi les intervenants opposés aux recommandations de la Commission au Royaume-Uni, il y a le gouvernement écossais, qui s'est concentré sur les risques pour la réputation des produits agricoles écossais. « Le secteur des aliments et des boissons de l'Écosse dépend dans une large mesure de la perception qu'a le public de notre image propre et verte [...] En outre, bien que je comprenne que les cultures GM aient été soigneusement examinées et testées, il y a encore un débat sur les effets à long terme de la production de plantes GM sur l'environnement. Ainsi, alors que les risques sont peut-être faibles, nous avons décidé d'adopter une approche prudente à l'égard des cultures génétiquement modifiées », a écrit le ministre de l'environnement écossais Aileen McLeod.

 

Ouvrir un débat public créerait le premier forum officiel depuis 2010. Toutefois, d'autres responsables britanniques [6] ont entrepris de commencer ces discussions.

 

Quel est l'enjeu ? Être en mesure d'augmenter la production alimentaire mondiale de 50 pour cent « si le monde veut nourrir une population projetée à neuf milliards en 2050, et cela devra se faire avec moins de terres, moins d'eau et moins d'énergie », selon la Royal Society.

 

« Le débat sur les OGM est trop souvent entravé par les mythes et la désinformation », a déclaré le professeur Paul Nurse, président de la Royal Society. « Cela est vrai tant du débat entre les législateurs que du débat public. Pour avoir une bonne discussion, il faut que les gens puissent évaluer les éléments de preuve réels, libres de toute idéologie. La Commission spéciale a raison de dire que le temps est venu pour cette discussion. »

 

_________________

 

* Andrew Porterfield est un auteur, éditeur et consultant en communication pour des institutions universitaires, des entreprises et des organismes sans but lucratif du domaine des sciences de la vie. Il est basé à Camarillo, Californie. On peut le suivre sur Twitter @AMPorterfield.

 

Source :

http://www.geneticliteracyproject.org/2015/08/21/uk-report-says-greenpeace-anti-gm-activists-distort-science-on-gmos-calls-for-deregulation/

Article initialement publié en février 2015.

 

[1] http://www.parliament.uk/business/committees/committees-a-z/commons-select/science-and-technology-committee/news/report-gm-precautionary-principle/

 

[2] http://en.wikipedia.org/wiki/Regulation_of_genetically_modified_organisms_in_the_European_Union

 

[3] http://www.geneticliteracyproject.org/2013/08/27/glp-infographic-international-science-organizations-on-crop-biotechnology-safety/

 

[4] http://gmwatch.org/index.php/news/archive/2015-articles/15907-open-letter-to-commission-new-gmos-should-not-escape-regulation

[Par extraordinaire, il n'y a pas d'organisation française.]

 

[5] http://journals.cambridge.org/action/displayAbstract?fromPage=online&aid=9402215&fileId=S1355770X1300065X

 

[6] http://www.fruitnet.com/fpj/article/164384/public-must-be-won-over-to-gm-say-politicians

 

Le rapport de la Commission est ici :

http://www.publications.parliament.uk/pa/cm201415/cmselect/cmsctech/328/328.pdf

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