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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Sciences&Avenir sert la soupe à M. Séralini

14 Juillet 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Gilles-Éric Séralini, #critique de l'information

Sciences&Avenir sert la soupe à M. Séralini

 

Un bien mauvais service...

 

Photo : Mychele Daniau / AFP

Attention : ce n'est une publicité pour le Roundup

 

L'équipe de M. Séralini et le Comité de Recherche et d'Information Indépendantes sur le génie Génétique (CRIIGEN) ont eu deux occasions de faire du tohu-bohu médiatique autour de leur dernière étude, « Laboratory Rodent Diets Contain Toxic Levels of Environmental Contaminants: Implications for Regulatory Tests » [1] : le 18 juin 2015, le lendemain du jour où il aurait dû être publié dans Plos One, et ne le fut pas pour cause de rébellion du personnel d'édition de la revue ; et le 3 juillet 2015, le lendemain de la publication, avec quelques modifications. Une conférence de presse avait été organisée le 18 juin.

 

Nos craintes ne se sont pas réalisées : l'écho médiatique a été faible. Une revue a fait exception : Sciences&Avenir. Censée faire de la vulgarisation scientifique, elle s'est littéralement donnée à l'équipe Séralini et au CRIIGEN sous la signature de Mme Rachel Mulot.

 

 

« Rats de laboratoire : la nouvelle étude polémique de Gilles-Eric Séralini » [2]

 

Rien de précis sur le fond

 

Publié le 24 juin 2015, mis à jour le 2 juillet 2015 pour annoncer la publication de l'article de Séralini et al.

 

Titre objectif ou accrocheur ? Difficile d'accepter la première hypothèse car on s'attendrait alors à trouver des critiques dans l'article. Or il n'y en a pas. La seule personne interviewée en dehors des auteurs est M. André Cicolella – pas vraiment la meilleure source pour une critique... Il n'a pas lu l'article... mais peut en dire du bien !

 

« C’est effectivement très pertinent d’avoir fait cette étude. L’enjeu aujourd’hui est en effet de connaître l’impact de pollutions multiples. Il importe donc de vérifier la qualité de l’alimentation des animaux témoins. »

 

Nous n'en disconviendrons pas vraiment. Le diable est dans la suite...

 

Mais cela permet de mettre un intertitre anxiogène, « Cocktail et faibles doses ».

 

Un titre qui ne correspond à rien dans l'article de M. Séralini, dont l'auteure affirme néanmoins que S&A a pu le lire. Du fond de cet article, on n'apprendra rien, sauf ce que les interlocuteurs en ont dit. Et ce qu'ils en ont dit... c'est la surinterprétation et les folles extrapolations.

 

 

« Sciences et Avenir a reçu le papier initial mais s’est engagé à ne pas le diffuser »

 

En fait, S&A a profité de la situation pour faire l'article sur le statut de « martyr de la science » de M. Séralini. En lui offrant une tribune et en rafraichissant de vieilles querelles.

 

 

« Nouvelle étude polémique »... il y avait déjà des critiques

 

 

Pourtant, le 24 juin au soir, il y avait déjà un commentaire au moins, plutôt dévastateur, sur l'excellent Genetic Literacy Project [3]. Et aussi un commentaire de Monsanto Europe-Afrique ; vous savez, Monsanto, cette bête noire dont d'aucuns auraient pensé que ses commentaires seraient scrutés et diffusés sans attendre [4] :

 

« D'une manière générale, tel qu'il est écrit, cet article est trompeur et insinue des conclusions qui n'ont même pas été étudiées. Les auteurs ne remettent pas en question notre recherche – mais toute étude toxicologique faite sur des rats, y compris les leurs. »

 

Mais citer les commentaires aurait sans nul doute aiguillé le lecteur vers la vérité. Sans eux, le lecteur peut en effet penser que la « polémique », c'est la réaction ulcérée et (prétendument) injustifiée du « camp d'en face ». M. Séralini martelait – était-il écrit – à la radio, à la télévision, dans les journaux que :

 

« Les tests pour la commercialisation d’OGM et de produits chimiques sont faussés par l’alimentation des rats de laboratoire. »

 

Il ne fallait surtout pas affaiblir le message...

 

 

La grosse ficelle de la « censure »

 

 

Mme Mulot écrit aussi que l'équipe Séralini avait communiqué quand bien même leur article ne fût pas publié dans le cadre d'une :

 

« ...stratégie médiatique qu'ils justifient par leur crainte d'être censurés ».

 

En fait, elle savait très bien qu'une conférence de presse, agendée pour le lendemain de la publication prévue de l'article, ne s'annule pas le cœur léger... et ce d'autant moins que s'ajoutait aux éléments de langage le bobard de la victimisation et du complot de l'industrie.

 

En fait elle savait très bien – puisqu'elle l'a écrit et décrit – que le litige avec l'équipe de rédaction interne de Plos One portait sur des points qui ne constituaient pas des obstacles majeurs, et que M. Séralini avait concédé les modifications.

 

En fait, elle savait très bien... puisque, ayant contacté la revue Plos One, celle-ci lui a assuré « que la publication n’a été que "brièvement reportée».

 

En fait, elle a reproduit les éléments de langage de M. Séralini et du CRIIGEN sans esprit critique. M. Séralini, chercheur martyr... Trop beau...

 

Ainsi, elle reprend sans barguigner une étrange affirmation :

 

« Tout avait pourtant été validé, communiqué de presse compris »

 

Depuis quand une revue scientifique valide-t-elle un communiqué de presse ?

 

Et M. Séralini se voit offrir la possibilité de dérouler à nouveau son « deux poids, deux mesures ». Il « s'indigne » :

 

« Par le passé, une autre revue nous avait également demandé de faire figurer nos financeurs dans la rubrique "conflit d’intérêt potentiel". Puis elle a "retoqué" l'étude en disant qu’elle ne publiait pas d'article présentant ce type de conflits… Et ce, alors qu’elle fait paraître régulièrement des articles de chercheurs du groupe Monsanto (fabricant d'OGM et de produits chimiques) sans leur demander de dénoncer un possible conflit d’intérêt avec leur employeur. »

 

Cette autre revue n'ayant pas été identifiée, il est impossible de juger de la véracité de cette étonnante affirmation. Mais est-il si difficile de comprendre que quand un chercheur de l'industrie publie, il indique avec clarté son affiliation ?

 

 

Une liste bien sélective de soutiens financiers

 

Comme on l'a vu précédemment, un des points d'achoppement avait été la question des liens d'intérêts. On nous gratifie dans S&A d'une liste des soutiens... tronquée ! Il manque la JMG Foundation, Lea Nature, Nature vivante, Malongo et la Sustainable Food Alliance... les plus problématiques du point de vue des liens d'intérêts [5].

 

 

« Le Pr Séralini dénonce des tests faussés sur les pesticides et OGM » [6]

 

 

Pas d'esprit critique, ou si peujuste des précautions oratoires...

 

Publié le 2 juillet 2015, c'est-à-dire, compte tenu du décalage horaire entre la France et la Californie, avant la publication effective... et donc avant l'avalanche de commentaires de chercheurs. Mis à jour le 3 juillet pour corriger le coût (environ 50.000 euros) de l'étude.

 

Madame Mulot a donc eu largement le temps de lire la publication (elle avait un exemplaire de la première version) et, le cas échéant, de se la faire expliquer. Pourtant elle écrit :

 

« Selon ses travaux [de l'équipe Séralini] publiés ce soir dans PLOS one, tous les tests de réalisés au cours des 50 dernières années pour déterminer l’autorisation de commercialiser les produits chimiques ou les OGM seraient faussés. »

 

Conditionnel de rigueur... En fait, la publication ne fournit pas d'éléments en faveur de cette thèse, du reste fort téméraire puisqu'il est question de « tous les test »... et depuis 50 ans. De plus, si l'on voulait bien regarder les résultats – les vrais, pas les extrapolations – de plus près, on s'apercevrait que, dans le lot d'aliments standards pour rats de laboratoire, il y en a quand même de très bonne qualité.

 

On continue avec une double précaution :

 

« Elle [l'alimentation des rats] contiendrait déjà des pesticides, des métaux lourds, des dioxines et de PCBs à des quantités pouvant induire une toxicité, selon le biologiste et ses confrères Robin Mesnage et Nicolas Defarge. »

 

Mais il y a encore plus grave. Mme Mulot repique – avec l'erreur commise par d'autres sur la différence entre « chercher et « trouver » – le communiqué de presse :

 

« 13 échantillons communs de croquettes pour rats ont été disséqués : ils recelaient les traces de 22 OGM, de 262 pesticides, 17 dioxines et furanes, 18 PCB et 4 métaux lourds. »

 

Or, il suffisait de lire le résumé de la publication :

 

« Tous les aliments étaient contaminés par des (1-6 sur les 262 mesurés), des métaux lourds (2-3 sur les 4, le plus souvent du plomb et du cadmium), par des PCDD/Fs (1-13 sur les 17) et des PCBs (5-15 sur les 18). »

 

Les chercheurs n'ont pas trouvé 262 pesticides, mais huit (plus précisément sept et un synergisant).

 

Bien sûr, l'affirmation – fausse – est complété par le message anxiogène :

 

« Et ce, "à des niveaux susceptibles de causer des pathologies graves et de perturber le système hormonal ou nerveux des animaux" assure l'équipe. »

 

On ne se penchera pas sur le reste de l'article. C'est essentiellement inspiré du communiqué de presse. Avec quelques précautions oratoires tout de même.

 

 

...et pas de correction...

 

Nous avons signalé l'erreur sur les résultats des analyses dans un commentaire, certes peu amène, le 6 juillet 2015.

 

Qu'advint-il ?

 

Rien !

 

 

...et pas de réactions à la publication Séralini

 

Nous avons pris notre temps pour commenter. C'est que l'article se terminait par :

 

« A suivre: demain, réactions à la publication. »

 

Nous attendons toujours ! Les annonces n'engagent que ceux qui les croient...

 

Il est vrai que la publication de M. Séralini n'a trouvé grâce chez aucun commentateur hors du cercle proche de l'idéologie anti-pesticides, anti-OGM et anti-tout. Pour les critiques issues de la recherche, Genetic Literacy Project donne un florilège, avec des liens [7].

 

 

Ni sciences ni avenir... désinformation

 

Nous avons déjà critiqué la politique éditoriale de Sciences&Avenir sur le site Imposteurs [8] et ici [9]. Il faut malheureusement ajouter une pierre à cet édifice.

 

Que la vulgarisation scientifique soit prise en otage par les convictions personnelles et l'idéologie de journalistes est insupportable en soi. Que cela aille jusqu'à refuser de corriger une erreur manifeste, signalée et démontrée, l'est encore plus.

 

Le journalisme scientifique ferait œuvre utile s'il se cantonnait à exposer – objectivement et honnêtement – le véritable travail accompli par l'équipe Séralini, sans succomber, comme elle, à des démons idéologiques. On peut – et on doit, mais sans se laisser aller à l'hystérie – s'interroger sur la composition de l'alimentation des rats de laboratoire. Toute la composition, y compris par exemple les mycotoxines. En lui servant la soupe, Sciences&Avenir ne rend pas service à l'équipe Séralini. Mais cela doit leur être égal... et c'est dramatique.

 

« Deception » est un faux-ami.

En anglais, c'est une tromperie, une supercherie, une fraude.

En français, c'est... le sentiment que nous inspire S&A.

__________________

 

[1] Voir nos articles précédents :

http://seppi.over-blog.com/2015/07/le-seralini-nouveau-un-peu-de-science-beaucoup-de-pseudoscience-enormement-d-enfumage.html

http://seppi.over-blog.com/2015/07/le-seralini-nouveau-un-peu-de-science-beaucoup-de-pseudoscience-enormement-d-enfumage.html

http://seppi.over-blog.com/2015/07/sensationnel-l-equipe-seralini-demontre-l-interet-des-ogm.html

 

[2] http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/20150624.OBS1454/rats-de-laboratoire-une-etude-fait-polemique-avant-publication.html

 

[3] http://www.geneticliteracyproject.org/2015/06/18/scientist-deconstructs-seralinis-plos-gmo-study-failed-attempt-at-redemption/

 

[4] http://monsantoblog.eu/son-of-seralini-monsantos-response-to-his-latest-pr-stunt/#.VaKkO1_tmko

 

[5] Les remerciement sont du reste rédigés de manière bizarre dans les deux versions de l'article. On ne sait pas trop si s'est la maison-mère ou sa fondation qui a apporté le financement dans certains cas. Comparez :

https://www.dropbox.com/s/h22axqtx9bziavy/PLOS%20One%20Seralini%202015-1.pdf?dl=0

http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0128429

 

[6] http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20150702.OBS1995/le-pr-seralini-denonce-des-tests-fausses-sur-les-pesticides-et-ogm.html

 

[7] http://www.geneticliteracyproject.org/2015/07/02/scientists-react-to-homeopathy-funded-seralini-study-claiming-all-gmo-tests-contaminated/

 

[8] http://imposteurs.over-blog.com/article-sciences-avenir-et-les-ogm-format-tabloid-sur-la-toile-par-wackes-seppi-114563757.html

http://imposteurs.over-blog.com/article-dernier-seralini-deraillement-chez-sciences-avenir-enervement-chez-generations-futures-122495269.html

http://imposteurs.over-blog.com/article-un-nouveau-tabloid-sciences-et-avenir-par-wackes-seppi-87523160.html

 

De M. Suwalki :

http://imposteurs.over-blog.com/article-de-la-propagande-bio-dans-science-et-avenir-84457486.html

 

[9] http://seppi.over-blog.com/2015/06/agneau-meduse-on-peut-etre-meduse.html

http://seppi.over-blog.com/2015/07/60-ans-que-l-agriculture-a-tout-faux.html

 

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