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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Lobbying à Bruxelles : quelques réalités inconvenantes

29 Juillet 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Lobbying, #Union européenne

Lobbying à Bruxelles : quelques réalités inconvenantes

 

Don't stop activists!

 

 

Si l'on en croit les complotistes de la contestation de notre société, Bruxelles serait un repaire de lobbyistes sournois, œuvrant pour la défense et la promotion d'intérêts particuliers contraires à l'intérêt général, de la société, et, surtout, de Mère Nature.

 

Le Corporate Europe Observatory (CEO) s'est fait une spécialité des accusations de lobbying malhonnête et indécent, de conflits d'intérêts, de « portes tournantes », etc. [1]. Parfois avec des alliés improbables ; ainsi, son dernier chef-d'œuvre a-t-il été produit avec LobbyControl – ce qui ressortit à la chasse en meute –, mais aussi avec Friends of the Earth Europe, un allié a priori improbable [2]. Un chef-d'œuvre ? Pensez donc ! Ils ont « débusqué » neuf membres du Parlement européen (sur 751) qui sont/seraient salariés par l'industrie... L'Europe est en grand danger...

 

Prompts à voir la poutre – ou une paille, voire une poussière, décrite comme une poutre – dans l'œil de l'industrie, et de l'économie en général, ce monde de la manipulation médiatique a une extraordinaire capacité à ignorer le madrier dans leur propre œil.

 

L'exercice est du reste facile. Les membres du Parlement européens sont tenus de fournir une déclaration d'intérêts financiers. M. Paul Rübig (Autriche, PPE) émarge dans l'entreprise familiale et la Chambre fédérale autrichienne de l'économie (WKÖ)... c'est indiqué dans le tableau adéquat de sa déclaration, et c'est un scandale. Mme Michèle Rivasi est vice-présidente du CRIIREM, fonction non rémunérée... c'est indiqué dans la dernière rubrique de la déclaration d'intérêts, celle qui passe inaperçue, et il n'y a pas de problème. Le premier est membre de la Commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie... et il exerce y une influence indue. La seconde est vice-présidente du Groupe des Verts/Alliance libre européenne et membre de la Commission de l'environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire... et il n'y a rien à redire.

 

C'est là juste une illustration du « deux poids, deux mesures ».

 

Il existe au niveau de l'Union européenne un Registre de transparence [3]. Il est certes très imparfait, mais il a le mérite d'exister et de fournir des indications intéressantes. Ces indications ont été exploitées, en particulier, par deux sites Lobbyfacts [4] et Integritywatch [5].

 

Selon ce dernier, arrive en tête des entités les plus actives BusinessEurope, pour simplifier le MEDEF européen. Un budget consacré aux activités de lobbying dans la fourchette 4 – 4,25 millions d'euros, 29 temps pleins assignés à cette tâche, 23 cartes d'accréditation pour entrer librement au Parlement européen et 44 réunions enregistrées avec des membres ou des fonctionnaires de la Commission européenne.

 

Impressionnant ? Google arrive en deuxième position... suivi dans le classement de Integritywatch par General Electric Company et... WWF European Policy Programme (WWF EPO). Comme son nom l'indique, il s'agit d'une entité entièrement dédiée au lobbying à Bruxelles. Un budget consacré aux activités de lobbying dans la fourchette 1 – 1,25 millions d'euros, 12,75 temps pleins assignés à cette tâche, 10 cartes d'accréditation pour entrer librement au Parlement européen et 29 réunions enregistrées avec des membres ou des fonctionnaires de la Commission européenne.

 

Résultats du match, pour le WWF par rapport à BusinessEurope : le quart du budget, mais 44 % du personnel et 66 % des réunions avec la Commission.  Un déluge de moyens déployés par le WWF si on intègre la différence de périmètre d'action dans l'équation.

 

Greenpeace European Unit – également une désignation limpide – est en septième position dans ce classement (1 – 1,25 millions d'euros, 7,25 temps pleins, 13 cartes d'accréditation et 25 réunions enregistrées), juste avant Airbus Group N.V.

 

Oxfam International EU Advocacy Office (Oxfam International) – autre phare de l'activisme anti-pesticides et anti-OGM – se classe dixième. Avec 12 lobbyistes accrédités au Parlement européen, ils peuvent servir à illustrer ici le rôle croissant du travail d'influence à ce niveau. À la Commission, il faut pouvoir présenter des arguments qui agissent sur l'intelligence, au Parlement, on peut se contenter de mobiliser l'émotion (et la manipulation).

 

La première organisation du domaine de l'agriculture est... 28e. European Farmers (COPA) a dépensé entre 1 et 1,5 millions d'euros pour 18 ETP, 9 badges et 16 réunions. Elle n'est évidemment pas la seule. Ainsi, European agri-cooperatives (COGECA) suit en 33e position.

 

Citons encore Europabio, l'organisation représentative des industries des biotechnologies (pas seulement agricoles). 34e avec un budget de 200 à 300.000 euros, 1 ETP, 6 badges et 15 réunions. C'est globalement moins que Friends of the Earth Europe (FoEE), trentième.

 

Ce classement n'est pas à prendre à la lettre. Changez le poids attribué à chaque paramètre, et vous aurez un classement différent. Les nombres de réunions ne sont pas forcément significatifs. Un bon dossier déposé auprès de la bonne personne (qui n'est pas obligatoirement quelqu'un de rang élevé) peut être plus influent qu'une série d'argumentaires mal ficelés. En mai 2011, M. Arnaud Apoteker a quitté Greenpeace pour rejoindre le Groupe parlementaire Les Verts/ALE au Parlement européen, dont il a été « conseiller OGM » jusqu'en mars 2015. Et il est membre du Conseil d'administration du CRIIGEN. Cela illustre à un haut niveau l'existence de « portes tournantes » entre entités militantes et personnel d'assistance du Parlement européen. Et il ne faut pas oublier le happy hour de la place du Luxembourg à Bruxelles, propice à rencontres « fortuites »...

 

Ce qu'il faut retenir, c'est que la galaxie décisionnelle européenne n'est pas manichéenne, et que l'activisme a des moyens d'influence très importants à Bruxelles.

 

Une preuve : combien de PGM autorisées à la culture ?

 

Oh ! J'allions oublier ! Monsanto, c'est 300 à 400.000 euros de budget, 1,25 personnes assignées au activités de lobbying, 0 badge et 0 réunion.

 

Source : https://blogmarpe.wordpress.com/2013/04/18/ideal-lobbyist-a-utopia/

___________________

 

[1] http://corporateeurope.org/

 

[2] http://corporateeurope.org/power-lobbies/2015/06/meps-industry-payroll-potential-conflicts-interest-persist-eu-parliament-new

 

[3] http://ec.europa.eu/transparencyregister/public/homePage.do?redir=false&locale=fr

 

[4] lobbyfacts.eu/

 

[5] http://www.integritywatch.eu/

 

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