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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Les anti-GMO prétendent que Monsanto contrôle l'approvisionnement alimentaire mondial. Qu'en est-il ?

2 Juillet 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Steve Savage

Les anti-GMO prétendent que Monsanto contrôle l'approvisionnement alimentaire mondial. Qu'en est-il ?

 

Steve Savage*

 

 

Il est un récit anti-OGM répandu : les grandes entreprises internationales cherchent à « contrôler l'approvisionnement alimentaire » par des brevets et la propriété des entreprises semencières. Paradoxalement, les opposants aux biotechnologies végétales ont exercé un « contrôle » bien plus important. Très peu d'espèces « OGM » ont pu être commercialisées dans le monde, qu'il soit développé ou en développement. Je répugne à le dire, mais au cours des 20 dernières années, j'ai dû constater que les activistes anti-OGM ont utilisé avec succès trois stratégies efficaces de contrôle : l'action politique visant à paralyser le système de réglementation, la manipulation en actionnant le souci des entreprises de protéger leur réputation et celle de leurs marques et désignations commerciales, et les pressions exercées par l'intermédiaire des importateurs.

 

Les agriculteurs qui ont obtenu la possibilité de cultiver des plantes transgéniques les ont adoptées avec enthousiasme. Les traits transgéniques ont procuré aux producteurs des avantages logistiques, une réduction des risques et des avantages économiques. Cela a été le cas dans le monde tant développé qu'en développement.

 

Taux d'adoption des variétés GM pour diverses espèces et régions (données du réseau de Contex Network, de l'USDA-APHIS, de FAO-Stats)

 

Cependant, très peu de producteurs de fruits et légumes ont eu la possibilité de cultiver des plantes transgéniques ; il en est de même des producteurs de blé, d'orge, de riz, de pomme de terre ou de légumineuses à grosses graines. Cela est vrai en dépit du fait que, pour ces espèces, le génie génétique pourrait répondre à des besoins importants et même critiques.

 

 

L'action politique visant à paralyser le système réglementaire

 

Le premier succès du mouvement anti-OGM a été la décision, à motifs politiques, d'une majorité de pays membres de l'Union européenne de ne pas autoriser la culture des plantes transgéniques et d'exiger l'étiquetage des OGM dans les aliments. La réponse des entreprises du secteur alimentaire a été d'éviter les ingrédients GM afin de ne pas subir une stigmatisation par le biais de l'étiquetage. Par la suite, l'UE a financé une énorme masse de tests de sécurité, et ses instances scientifiques ont conclu qu'il n'y avait pas de risque particulier associé à ces aliments. Mais, pour l'Europe, la politique l'emporte encore sur la science et ce phénomène a été exporté par l'influence européenne sur les gouvernements ailleurs dans le monde en développement. Des groupes comme Greenpeace se sont aussi farouchement opposés à toute initiative visant à permettre aux agriculteurs pauvres de tester la technologie. L'approvisionnement alimentaire des pauvres est sans nul doute «contrôlé», mais par les activistes, et non par les entreprises semencières.

 

 

Manipulation en actionnant le souci des entreprises de protéger leur réputation, et celle de leurs marques et désignations commerciales

 

Une autre stratégie du mouvement anti-OGM pour le contrôle de la riche offre alimentaire mondiale a été d'exploiter le souci de protéger la marque ou le nom d'entreprise. Le premier cas a concerné l'industrie de la pomme de terre. Une pomme de terre résistant aux insectes a été lancée en 1996, à l'époque où furent introduits les caractères transgéniques du soja, du cotonnier et du colza. J'ai interviewé de nombreux producteurs de pomme de terre au cours des premières années où le trait était disponible ; ils étaient ravis d'avoir une solution à leur problème d'insecte ravageur le plus nuisible, le doryphore.

 

Dégâts causés par le doryphore (photo Jeff Hahn, UMN Extension)

 

Les producteurs de pomme de terre se sont également réjouis de la résistance à des virus et de l'amélioration de l'aptitude à la conservation qui étaient en cours de développement. Frito-Lay avait parrainé le développement des traits dans les universités pour les pommes de terre à chips. Les activistes ont bien vu que McDonald et Frito-Lay ont un poids énorme sur le marché nord-américain de la pomme de terre, étant les plus gros acheteurs pour les pommes de terre à frites surgelées et les chips. Ils ont menacé ces marques en agitant la perspective d'une publicité négative dans la presse grâce à des manifestations ciblées.

 

Chez McDonald, la direction générale a décidé d'éviter le risque pour la marque ; ainsi, en trois coups de téléphone à des producteurs de frites surgelées, les pommes de terre transgéniques étaient out (je le sais par trois personnes qui ont participé à la réunion). Une décision similaire axée sur des considérations économiques a conduit Frito-Lay à mettre fin à ses programmes de développement. Les producteurs de pomme de terre, les grands transformateurs, ou Monsanto, n'ont rien pu faire en raison du poids économique de ces énormes entreprises du secteur alimentaire – des entreprises qui ont fait levier pour, en fait, céder au contrôle des activistes. Aujourd'hui encore, la culture des pommes de terre exige des mesures phytosanitaires importantes et coûteuses.

 

 

L'extension des effets de la protection des marques

 

Le succès des activistes dans l'exploitation du souci des entreprises de protéger leur réputation a eu un effet dissuasif majeur sur d'autres cultures pour lesquelles il y a des marques de haute réputation auprès des consommateurs. Au milieu des années 1990, il y avait beaucoup d'intérêt pour les solutions biotechnologiques. J'étais personnellement au courant des projets lancés ou prévus pour le bananier, le caféier, la vigne, la tomate, la laitue, le fraisier et le pommier. Lorsque MacDonald et Frito-Lay ont cédé aux pressions des activistes autour de 1999, la planification et les travaux de recherche-développement ont cessé pour ces espèces et d'autres espèces sensibles aux considérations de réputation des marques. Les sociétés de biotechnologie agricole comme Monsanto, Syngenta ou DuPont ont pour l'essentiel abandonné leurs efforts de recherche sur les « cultures spéciales » et se sont concentrées sur les grandes cultures sarclées. Quinze ans plus tard, ce schéma de contrôle par l'activisme demeure largement en place.

 

 

Les pressions exercées par l'intermédiaire des importateurs

 

Au tournant du siècle, il y avait deux caractères transgéniques prêts pour la commercialisation dans le cas du blé aux États-Unis d'Amérique et au Canada (le blé étant l'une des espèces faisant l'objet du plus grand négoce international). Il y avait un trait de résistance à un herbicide de Monsanto, et aussi un caractère de résistance à une maladie de Syngenta. Une fois de plus, j'ai eu l'occasion d'interviewer de nombreux producteurs de blé afin d'évaluer leur intérêt pour ces options. La plupart avaient déjà eu des expériences positives de la culture de soja, de maïs ou de canola GM, et ils étaient désireux d'essayer les nouvelles options pour le blé.

 

La fusariose du blé (à droite) réduit le rendement et conduit à des déclassements de récoltes en raison de la mycotoxine DON (image Wikimedia)

 

Ils n'ont jamais eu cette chance. Les principaux importateurs de blé d'Europe ont menacé de boycotter le blé d'Amérique du Nord si des variétés GM étaient plantées aux États-Unis d'Amérique ou au Canada. Les Européens cultivent beaucoup de blé, mais ils ont besoin du blé de force roux de printemps et du blé dur cultivé dans les Plaines du Nord et les provinces des Prairies. Les producteurs européens de pain et de pâtes ne voulaient pas avoir à étiqueter leurs produits comme contenant des OGM, sachant que cela les soumettrait aux pression des activistes. Ils ont donc utilisé leur poids économique considérable comme clients des importateurs et menacé de boycott (pas publiquement, mais sans équivoque). Les organisations de producteurs de blé aux États-Unis d'Amérique et au Canada ne pouvaient pas résister et ont demandé à contrecœur à Monsanto et Syngenta d'arrêter leurs programmes. Les deux sociétés ont donné suite aux demandes. C'est là un exemple clair de contrôle de l'approvisionnement alimentaire – contrôle fondé sur la capacité de l'activisme de créer des problèmes de marketing pour le genre d'entreprises qui disposent vraiment d'un levier.

 

 

Alors, qui contrôle l'approvisionnement alimentaire ? La mouvance anti-OGM continue d'utiliser les menaces sur la réputation et les marques pour obtenir des entreprises du secteur alimentaire et de la distribution qu'elles utilisent leur pouvoir sur le marché pour empêcher l'introduction de nouveaux caractères et de nouvelles cultures transgéniques. Ces mêmes stratégies peuvent même bloquer les traits de deuxième génération chez le pommier, la pomme de terre, les agrumes et la tomate. Le militantisme en faveur de l'étiquetage des OGM et des projets non-OGM se déploie de manière transparente, sans cacher l'objectif qui est d'éliminer même les quelques cultures GM existantes.

 

  • Ce contrôle implique-t-il le moindre respect pour les opinions et les besoins des agriculteurs ?

  • Ceux qui exercent le contrôle contribuent-ils de quelque manière à des réponses aux défis et aux menaces auxquels l'approvisionnement alimentaire est confronté dans le monde réel  ?

  • Ceux qui exercent le contrôle contribuent-ils au développement d'outils utiles pour les agriculteurs pauvres dans le monde en développement ?

  • Y a-t-il parmi les acteurs majeurs de l'industrie agroalimentaire disposant d'une influence déterminante sur le marché un qui est prêt à résister au contrôle qui est exercé par l'intermédiaire de leur pouvoir de marché ?

  • Les consommateurs sont-ils heureux avec un approvisionnement alimentaire contrôlé par ceux qui rejettent la science ?

  • Sont-ils heureux avec un approvisionnement alimentaire contrôlé avec le concours d'entreprises alimentaires qui profitent des peurs qu'elles et leurs alliés ont propagées ?

 

Cet article est paru en premier dans Forbes sous le titre: « Who Controls The Food Supply? »

 

 

*  Steve Savage est un scientifique agricole (phytopathologie) qui a travaillé pour la Colorado State University, DuPont (développement de fongicides), Mycogen (développement de solutions de biocontrôle), et a exercé ces 13 dernières années l'activité de consultant indépendant. Son site blogging est Applied Mythology. Vous pouvez le suivre sur Twitter@grapedoc.

 

Traduction: l'hôte de ces lieux.

 

 

On peut compléter par la lecture de :

http://imposteurs.over-blog.com/2014/12/cinq-raisons-gourmandes-de-reconsiderer-votre-position-sur-les-ogm-par-steve-savage.html

 

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