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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Le blé GM à phéromone est (provisoirement ?) un échec

3 Juillet 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #OGM, #Article scientifique

Le blé GM à phéromone est (provisoirement ?) un échec

 

Une communication exemplaire des chercheurs de Rothamsted

 

 

Une équipe de Rothamsted Research (Royaume-Uni) a publié un article sur leurs travaux sur un blé génétiquement modifiée pour produire une phéromone censée éloigner les pucerons [1]. La molécule est le (E)-β-farnesene (Eβf), une phéromone d'alerte.

 

Les chercheurs avaient réussi à faire produire la phéromone de manière stable par le blé, sans autre modification détectable du phénotype. Dans des essais en laboratoire, on avait constaté un effet répulsif sur trois espèces de puceron, ainsi qu'une augmentation de l'activité d'un parasitoïde.

 

Les chercheurs écrivent :

 

« Bien que ces études aient montré un potentiel considérable pour lutter contre les pucerons, les essais en plein champ avec des constructions simple et double n'ont permis de mettre en évidence aucune diminution des pucerons ou augmentation du parasitisme. Le nombre d'insectes était faible et les conditions climatiques erratiques, ce qui suggère la nécessité de poursuivre les essais ou une meilleure imitation, dans la plante, de la production de la phéromone. »

 

S'agissant du dernier point, les chercheurs ont en effet émis l'hypothèse que les pucerons pourraient s'habituer à une présence continue de phéromone.

 

L'article est exemplaire en ce qu'il rapporte un résultat négatif. C'est une importante contribution à la connaissance.

 

Infestation par des pucerons dans des essais au champ

(nombre moyen de pucerons/99 plantes)

Cadenza = témoin ; B2803 R6P1 = construction simple ; B2812 R9P1 = construction double

 

Le communiqué de presse de Rothamsted Research est aussi un modèle du genre [2]. Les rédacteurs sont des passeurs de science.

 

Voici juste une citation, qui a l'avantage de mettre le doigt sur la nécessité des essais en plein champ :

 

« Le professeur Huw Jones, biologiste moléculaire sénior à Rothamsted Research, en charge de la supervision des modifications génétiques des plantes, a déclaré: "En tant que chercheurs, nous sommes formés pour traiter nos données expérimentales objectivement et sans passion, mais j'ai été vraiment déçu. Nous avions espéré que cette technique offrirait une solution pour réduire l'utilisation d'insecticides dans la lutte contre les ravageurs en grandes cultures. Comme c'est souvent le cas, cette expérience montre que l'environnement est beaucoup plus compliqué dans le monde réel qu'au laboratoire". »

 

Les autres déclarations sont de même qualité. Elles contiennent aussi des éléments d'information sur la suite qui pourra être donnée au projet, lequel est très loin d'être un échec.

 

On est loin des rodomontades qui suscitent notamment mépris et méfiance de la science auprès du public, et que nous dénonçons ici sans plaisir...

 

Le communiqué comporte une autre élément intéressant.

 

Le projet a été financé par le Biotechnology and Biological Sciences Research Council (BBSRC), qui, est-il dit, « investit dans la recherche et l'enseignement de classe mondiale en biosciences pour le compte du public [de la population] du Royaume-Uni » (c'est nous qui graissons). On aimerait voir ce genre déclaration en France...

 

Le projet a coûté £732.000, ce qui est dans les « normes » pour un projet de cette nature et de cette durée. Mais il a aussi fallu investir £444.000 dans la clôture des champs d'essai (pour l'essai en question et les essais futurs). Admirez l'ordre dans la déclaration suivante :

 

« La clôture protège le site contre les intrusions et empêche les animaux sauvages de pénétrer dans le site. »

 

Et il a fallu un supplément de £1.794.439 pour les mesures de sécurité en réponse aux menaces de vandalisme et aux tentatives criminelles de destruction par des activistes anti-OGM. Le temps qui a été consacré à expliquer le projet et calmer les esprits – dans une opération de communication elle aussi exemplaire – n'est pas comptabilisé dans ces chiffres.

 

En d'autres termes, les mesures de sécurité ont coûté trois fois plus que le projet [3].

 

 

Nous aimons bien l'article du Telegraph.  Selon le chapô  :

 

« Les écosaboteurs disent que les chercheurs ont dilapidé près de 3 millions de livres payés par les contribuables dans une tentative vaine de "damer le pion à la nature »."

 

La mouvance anti-OGM saute comme un cabri... Enfin, un peu : cette information est pain bénit, mais elle ne semble pas encore être largement diffusée. GeneWatch UK, par exemple, a sorti un communiqué bourré de contre-vérités (que nous n'analyserons pas ici... trop déprimant), avec de fortes paroles de Mme (Oups ! Dr.) Helen Wallace [4] :

 

« Avec les OGM c'est toujours confiture demain et jamais confiture aujourd'hui. [...] Nous devons reconnaître que les OGM ont eu leur chance mais ont échoué à faire leurs preuves. »

 

Ce à quoi répond en quelque sorte Nature [5] :

 

« Try, try again » (essaye, essaye encore !)

 

Image : Getty/Thinkstock

__________________

 

[1] The first crop plant genetically engineered to release an insect pheromone for defence,

Toby J.A. Bruce, Gudbjorg I. Aradottir, Lesley E. Smart, Janet L. Martin, John C. Caulfield, Angela Doherty, Caroline A. Sparks, Christine M. Woodcock, Michael A. Birkett, Johnathan A. Napier, Huw D. Jones & John A. Pickett

Scientific Reports 5:11183

http://www.nature.com/srep/2015/150625/srep11183/full/srep11183.html#affil-auth

 

[2] http://www.rothamsted.ac.uk/news-views/scientists-disappointed-results-gm-wheat-field-trial

 

[3] On doit avoir sensiblement le même rapport en Suisse :

http://www.lematin.ch/suisse/Nouveaux-tests-de-ble-OGM-en-plein-air/story/12101652

 

[4] http://www.telegraph.co.uk/news/earth/agriculture/geneticmodification/11698763/Pointless-3m-GM-wheat-trial-fails.html

 

[5] http://www.genewatch.org/article.shtml?als[cid]=575436&als[itemid]=575762

 

[6] http://www.nature.com/news/gm-wheat-that-emits-pest-alarm-signals-fails-in-field-trials-1.17854

 

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