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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Industrie laitière : avoir confiance et oser les fermes de 1000 vaches

13 Juillet 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #Sénat, #1000 vaches, #Politique

Industrie laitière : avoir confiance et oser les fermes de 1000 vaches

 

Un rapport des sénateurs Claude Haut et Michel Raison iconoclaste

 

PATRE COMMUNAL FAISANT RENTRER LES VACHES DANS LE JURA. — Toutes les vaches d’une commune dans le Jura, sont souvent conduites par un seul pâtre, et tous les cultivateurs s’entendent pour le payer : de cette façon cela coûte moins cher, et les enfants de la commune ont le temps d’aller à l’école et de s’instruire.

Le Tour de la France par deux enfants, G. Bruno (1ère éd. 1877)

 

 

Oui, nous écrivons « industrie ». Car, n'en déplaise aux écolo-bobos et nostalgiques du « bon vieux temps » de l'agriculture « paysanne », le lait est une filière agro-industrielle qui commence en amont du producteur laitier (par exemple pour la sélection des reproducteurs), s'étend à des secteurs annexes (le machinisme agricole et l'alimentation animale...), et se poursuit en aval (laiteries et industrie de transformation). Ce seraient 250.000 emplois en France [1] ; mais pas sûr qu'on ait comptabilisé les emplois induits dans la filière viance... car, pour produire du lait, il faut commencer par produire un veau.

 

Les sénateurs Claude Haut (PS, Vaucluse) et Michel Raison (LR, Haute-Saône, ancien éleveur laitier, ancien administrateur de la Fédération Nationale des Producteurs de Lait (FNPL)) ont produit un rapport d'information au nom de la Commission des affaires européennes du Sénat sur la situation du secteur laitier après les quotas [2].

 

Nous n'en ferons pas l'analyse détaillée mais soulignerons trois points.

 

 

Ils sont cruels, ces sénateurs !

 

L'encadrement de la production laitière par les quotas, instauré en 1984 pour tenter de juguler un problème d’excédents chronique (le « lac de lait » et la « montagne de beurre »), a pris fin le 1er avril 2015. La production est maintenant insérée dans le marché mondial. Le Monde a produit une analyse qui fournit une bonne base pour la compréhension de la situation et des enjeux [3].

 

Changer de « paradigme » – un mot à la mode – nécessite une stratégie. De préférence pour la ferme France, et au-delà, en amont et en aval. Les deux sénateurs se tournent donc vers FranceAgriMer et citent :

 

« « Le premier enjeu identifié par la filière est le maintien des exploitations et de laiteries viables sur l’ensemble des zones laitières, ce qui suppose notamment d’assurer le renouvellement des générations. Pour y parvenir, il est nécessaire d’améliorer les marges dégagées à la production afin de préserver le revenu des producteurs, par la productivité du travail et la maîtrise des coûts de production. Par ailleurs, il est indispensable de combiner performance économique et performance écologique des producteurs (autonomie alimentaire, réduction des intrants), et transformer les contraintes environnementales en leviers de compétitivité, notamment dans les zones les plus fragiles. Enfin, il faut améliorer la valorisation des produits, tant sur le marché intérieur qu’à l’exportation pour redonner des marges aux entreprises afin qu’elles puissent innover et investir. [...] »

 

Appréciation des sénateurs :

 

« France Agrimer est un remarquable outil d’information et d’analyse. L’audition de quelquesuns des membres de son équipe fut parmi les plus riches de toute la série d’auditions conduites dans le cadre de cette mission. Mais sa capacité à définir une stratégie reste à démontrer. Une stratégie suppose un cap, un objectif clair. Mais force est de reconnaître que cette liste tient plus du catalogue que de la stratégie. » (Ce sont eux qui graissent.)

 

C'est cruel, et pour partie immérité. Car le discours critiqué, c'est essentiellement celui du ministre Stéphane Le Foll.

 

La suite vaut également la lecture. C'est à la page 55.

 

 

« Avoir confiance »

 

Après avoir fustigé la myopie, le déni de réalité et l'absence de stratégie – ce qui contraste avec la situation de l'Allemagne (« L’Allemagne, de toute évidence, a une stratégie : être compétitive dans la compétition mondiale ») –, les sénateurs abordent le point : « Accompagner la stratégie ».

 

Ils l'ouvrent par : « Avoir confiance » :

 

« Ce qui frappe le plus dans ces quelques mois d’investigation, c’est cette impression de pessimisme ambiant, le regret d’une situation révolue, la crainte des concurrences, l’impression d’une inadaptation, l’absence de perspective claire et, plus que tout, le sentiment diffus de ne pas savoir où aller. Une situation simplement invraisemblable aux yeux de nos principaux compétiteurs qui mettent en avant les formidables atouts français. »

 

La sinistrose...

 

Et ils flinguent de bon cœur :

 

« Les atouts objectifs sont bien connus : la France a tous les climats, elle a de l’eau – à supposer qu’elle puisse organiser sa collecte par des retenues [...] »

 

Le fantôme de Sivens (et bien d'autres projets avortés) plane sur le rapport... Le saviez-vous ? Une vache boit 80 à 100 litres d'eau par jour en période de lactation.

 

 

« Oser l’expérimentation des très grandes fermes »

 

 Photo : Jean Michel ANDRE/REA

http://www.lesechos.fr/enjeux/business-stories/business-case/0204193645657-ferme-des-1-000-vaches-le-lait-de-la-colere-1100176.php

 

C'est sur six pages, de lecture très aisée, avec beaucoup de vérités assénées. En voici la conclusion :

 

« Un projet favorable à l’aménagement du territoire

 

« Il y a beaucoup d’oppositions, mais il faut être bien conscient des conséquences de l’échec du projet.

 

« Les quotas laitiers ont permis d’assurer l’élevage et ont eu une mission d’aménagement du territoire. La fin des quotas laitiers fragilise cette situation. Certaines régions en marge du croissant laitier sont très fragiles. Les exploitations ferment, faute de repreneurs, et la spirale de la déprise se met en place : moins d’exploitations, moins de lait, moins de collectes, moins (plus du tout !) de laiteries, de transformateurs.

 

« Ce type de projet est un moyen de ramener de l’élevage dans une région de grande culture et de maintenir une activité laitière dans une région en déprise laitière. Cette action va bien au-delà du seul effet de masse avec une collecte massive en un seul lieu. Il existe toujours des vétérinaires qui connaissent les bovins. Il existe toujours des sociétés qui proposent de l’alimentation animale. La grande ferme préserve une ambiance laitière. Ainsi, des fermes plus petites peuvent être maintenues plus facilement.

 

« La grande ferme permet de maintenir une masse critique et offre une alternative. La Somme produit un peu plus de 400 millions de litres de lait par an. Si trop de freins sont mis pour faciliter le regroupement des exploitations et l’investissement dans de nouvelles infrastructures de production, il y a un risque élevé de déprise laitière. Actuellement, la tentation des polyculteurs/éleveurs disposant de surfaces importantes est forte de cesser l’activité laitière.

 

« Cet exemple peut être utile aux régions qui risquent de perdre leur production laitière. La grande ferme est un élément de force pour l’aménagement du territoire, au contraire de tout ce qui se dit ! Autant pour des raisons économiques que sociales.

 

La formule est adaptée à la région et serait inadaptée à d’autres. Ce serait une aberration en Bretagne ou en Normandie, parce qu’il existe une ambiance herbagère qu’il ne faut pas briser. En revanche, dans la Somme, le projet peut trouver sa place. C’est même une expérience cruciale pour d’autres régions confrontées au risque de déprise laitière.

 

« La France doit oser cette expérimentation afin de faire le bilan dans quelques années.

 

« La France, aux productions si diverses doit aussi accepter la diversité des modes de production. »

 

 

On attend les réactions...

 

CHÈVRES EN STABULATION. — La chèvre est un des animaux qui s’accommodent le mieux du séjour de l’étable, quand l’étable est bien propre, bien tenue et point humide. On a calculé que vingt-quatre chèvres et un bouc peuvent rapporter par année, en lait ou en jeunes chevreaux, jusqu’à 1.200 francs de bénéfice net.

Le Tour de la France par deux enfants, G. Bruno (1ère éd. 1877)

 

Qui a dit – confondant convictions personnelles et service de l'intérêt public [4] :

 

« Ce n’est pas mon projet. Je veux des agriculteurs à la tête des exploitations agricoles et pas des investisseurs. Ce n’est pas un modèle que je défends » ?

 

Qui a dit [5] :

 

« Les Mille vaches ne sont pas notre modèle économique ni écologique. Ce n'est pas notre modèle énergétique » ?

 

 

Il faut aussi lire : « Haro sur la ferme des 1000 vaches ! » [6]

 

____________________

 

[1] Un site particulièrement intéressant :

http://www.maison-du-lait.com/fr/chiffres-cles/filiere-laitiere-francaise-en-50-chiffres

 

[2] http://www.senat.fr/rap/r14-556/r14-5561.pdf

 

[3] http://www.lemonde.fr/economie/article/2015/03/30/l-europe-face-a-la-fin-des-quotas-laitiers_4605490_3234.html

 

[4] http://www.20minutes.fr/planete/1388093-20140528-stephane-foll-ferme-mille-vaches-projet

 

[5] http://www.actu-environnement.com/ae/news/ferme-vaches-methanisation-royal-novissen-confederation-22660.php4

 

[6] http://agriculture-environnement.fr/edito/article/haro-sur-la-ferme-des-1000-vaches

 

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