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Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

« Agneau-méduse » : on peut être médusé !

28 Juin 2015 , Rédigé par Seppi Publié dans #critique de l'information, #"agneau-méduse"

« Agneau-méduse » : on peut être médusé !

 

Et 12,5 % d'anomalies dans les contrôles anti-fraudes sur le « bio »

Et encore bravo, Rtl et M. Veillerette

 

 

Un fait divers

 

Une agnelle génétiquement modifiée – qui portait un gène de méduse transmis par sa mère, mais sans l'exprimer dans les tissus qui ont été consommés – a été indument mise dans le circuit alimentaire par suite, semble-t-il, d'un acte de malveillance.

 

La chose a été « révélée » par le Parisien, le mardi 23 juin 2015. On trouve sur la toile son article très sobre qui fait honneur à la profession (mais il y a aussi un article moins reluisant) [1]. Plutôt que de faire dans le sensationnalisme, le Parisien s'est attaché à rapporter les faits, citant largement l'Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), lequel a publié un communiqué le même jour [2]. Se posent deux questions. Qui a été le premier ? Et pourquoi l'INRA s'est muré dans le silence jusqu'au dit jour, alors qu'il avait signalé les faits au Procureur de la République de Meaux le 15 juin 2015 ?

 

Disons le tout net, c'est grotesque de sa part que d'écrire :

 

« Face à cet incident inédit, l’Institut, par l’ensemble des démarches et procédures engagées, agit en toute transparence, conformément aux valeurs qu’il défend depuis près de 70 ans. »

 

La transparence inclut la diligence, particulièrement indispensable dans ce genre de circonstances. Du reste, l'INRA a pris son temps pour saisir la justice, l'affaire ayant été découverte le 5 novembre 2014, et le rapport interne produit en avril 2015.

 

http://caramelmou777.canalblog.com/archives/2012/09/26/25194777.html

 

Une réaction médiatique somme toute mesurée, mais...

 

Beaucoup de médias se sont plutôt bien comportés. Mais il y a quelques splendides dérapages. Ce qui est essentiellement un fait divers – a priori un acte de malveillance au sein du centre de l'INRA de Jouy-en-Josas sur fond de conflits personnels – devient un « scandale » sur 20 Minutes [3]. Sciences&Avenir agite l'épouvantail dans un intertitre: « Un nouveau scandale sanitaire de la viande? » [4]. Comme si cet incident était comparable aux crises de la vache folle et de la viande de cheval...

 

 

Une réaction institutionnelle démesurée

 

Nous reviendrons sur les scandales médiatiques, mais avant, il faut aborder les réponses officielles.

 

 

Ces animaux transgéniques ont vocation à alimenter la recherche scientifique, notamment thérapeutique. Leurs cellules sont fluorescentes sous un appareillage de microscopie idoine. On peut donc suivre le devenir, par exemple, de cellules greffées de cœur dans une expérience de réparation cardiaque.

 

Or que dit l'INRA ?

 

« Après information des ministères compétents, l’incident a fait l’objet d’une enquête administrative interne dès le mois de décembre et des mesures ont été rapidement prises (suspension de toutes les ventes de bétails, suspension conservatoire de l’agent ayant dissimulé la mise sur le marché, arrêt des expérimentations et destruction de tous les matériels génétiquement modifiés sur le site de l’Unité concernée). »

 

C'est ce qu'on appelle en anglais, un overkill. Une réaction disproportionnée, voire hystérique. On ose espérer que la recherche médicale française ne sera pas pénalisée par cette destruction d'un outil de travail.

 

Et on ne peut qu'être médusé devant un tel empressement qui relève de l'automutilation.

 

La réaction du Ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll n'est pas plus reluisante. On lui saura cependant gré de ne pas avoir fait de tapage. Il s'est exprimé, également le mardi 23 juin, sur France Info, qui rapporte [5] :

 

« Le ministre a demandé à l’Institut national de recherche agronomique (INRA) un rapport sur ce qui s’est passé. Stéphane Le Foll attend les conclusions pour le 30 juin pour une "vigilance continue et renforcée".

 

Or on apprend par son communiqué que l'INRA l'a déjà été informé en novembre ou décembre 2014 sur ce qui s'est passé. Quant au rapport demandé sur « les propositions de l’Inra pour sécuriser la recherche », c'est se moquer du monde si la demande a été formulée sous le coup de l'émotion de la publication de l'incident. La question de la sécurisation est légitime, mais un rapport en sept jours... cinq jours ouvrables... et du seul INRA...

 

Car l'INRA écrit aussi :

 

« Le rapport rendu en avril 2015 pointe des tensions et dysfonctionnements au sein de la structure où était gardée l’agnelle, ainsi que des comportements individuels incompatibles avec les missions relevant du service public de la recherche. »

 

 

Derrière le fait divers, un réel problème

 

« ...comportements individuels » ? La presse a généralement retenu l'existence d'un conflit de personnes. Mais on peut aussi penser à un sabotage en interne des programmes de recherche utilisant la transgénèse. Et c'est un problème qui dépasse ce fait somme toute divers.

 

Il y a au sein de la recherche française des personnels ouvertement et activement opposés à ces recherches. Le Syndicat SUD Recherche n'a-t-il pas cautionné le vandalisme des vignes de Colmar, la destruction de l'outil de travail de leurs collègues, même s'il « pense que d’autres formes d’actions auraient pu être envisagées » [6] ?

 

http://www.cnt-f.org/cnt42/article902.html

 

Des chercheurs et même des directeurs de recherche n'ont-ils pas, récemment, apporté leur soutien à des organisations « écologistes » qui demandent un moratoire (lire : l'interdiction) des variétés rendues tolérantes à un herbicide par mutagénèse [7] ; et implicitement donné un feu vert à la destruction d'un essai du GEVES à La Pouëze quelques jours plus tard [8] ? On peut aussi évoquer la lamentable affaire Herrade Nehlig, cette technicienne de laboratoire qui s'est exprimée en faisant étant de son employeur, l'Institut de Biologie Moléculaire des Plantes (IBMP) de Strasbourg, pour donner plus de poids à ses élucubrations [9].

 

Il n'est pas question d'incriminer qui que ce soit par ces remarques. Mais force est de constater qu'il y a un problème plus général de loyauté envers l'institut et sa recherche, de possibilité de détournement des matériels de l'institut à des fins criminelles, et aussi d'environnement social de nature à susciter des vocations.

 

Il y a des précédents suspectés. En 2010, on a trouvé une cinquantaine de plants de la variété expérimentale, non encore autorisée, Amadea, dans un champ de multiplication d'Amflora, la pomme de terre transgénique à amidon essentiellement constitué d'amylopectine (environ 680.000 plants). Erreur humaine ou malversation [10] ? BASF a invoqué une erreur, mais ce n'est guère convaincant ; il est plus opportun pour une entreprise de plaider l'erreur que le sabotage quand elle n'a pas pu identifier le saboteur [11]. Aux États-Unis d'Amérique, on a aussi trouvé, des années après les essais en champ, des plantes de blé GM dans l'Oregon en 2013 et le Montana en 2014 [12]. Le cas de l'Oregon est resté inexpliqué (sauf à invoquer la magie) ; dans le Montana, le blé GM avait été testé de 2000 à 2003, mais il est difficile de croire que des graines aient pu survivre, et du blé féral pousser, pendant quelque dix ans.

 

Ces cas montrent que le problème se pose aussi en aval. Mais le ministre ne s'occupe que des problèmes immédiats... lire : l'audimat.

 

 

La sélection des coïncidences – 12,5 % d'anomalies sur le « bio »

 

Revenons aux journaleux. Il s'en est trouvé pour profiter de cet incident pour faire la promotion du « bio » [13].

 

Selon Rtl, avec toutefois le conditionnel de rigueur, « [l]a filière "bio" pourrait bénéficier de l'affaire de "l'agneau-méduse" ». C'est qu'Interbev venait de publier la veille son Observatoire des Viandes BIO 2014, avec cette accroche : « Une croissance remarquable pour la viande bio » [14]. Hasard du calendrier, Rtl pouvait intertitrer : « Scandale de la viande de cheval, vache folle... Le label "bio" pour la confiance »...

 

Hasard du calendrier, ce même 22 juin 2015, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) publiait son communiqué sur les contrôles effectués sur la filière « bio » en 2014 [15]. Verdict, en bref :

 

« 2 802 actions de contrôle ont été menées auprès de 1 109 établissements. Le taux d’anomalie dans l’application de la réglementation biologique a atteint 12,5 %.

 

« 255 avertissements, 13 injonctions, 21 procès-verbaux et 4 mesures de police administrative ont été émis. »

 

http://www.bioalaune.com/fr/actualite-bio/7485/fraude-bio-vigilance-de-mise

 

Faut-il s'en étonner ? Non : sur l'étal, les produits « bio » ne se distinguent guère des produits « conventionnels », sauf quand ils sont « moches » (une caractéristique qui ne signale pas nécessairement la qualité « bio » mais peut cacher un produit « conventionnel » déclassé et recyclé...) ; et la différence de prix est trop tentante.

 

Il ne faut pas s'étonner non plus que des journalistes fassent l'article pour la viande « bio » et « oublient » de faire rapport sur les fraudes.

 

 

Et encore bravo, Rtl et M. Veillerette

 

Faire de l'audience, c'est évidemment inviter à son « journal » un personnage capable de faire le buzz. Rtl invita donc M. Veillerette, officiellement porte-parole de Générations futures, au journal de huit heures [16]. Et M. Veillerette eut le choix entre le principe de précaution médiatique – à une heure où il ne devait pas avoir beaucoup d'informations sur l'événement qu'il allait commenter – et la retape pour sa petite entreprise. Que croyez-vous qu'il fit ?

 

« J'imagine qu'il n'y a aucune garantie ni étude qui montre l'innocuité de cette viande d'agneau génétiquement modifié pour les consommateurs. »

 

Nous, nous imaginons qu'il savait parfaitement que des animaux destinés à la seule expérimentation n'ont pas fait l'objet d'une étude d'alimentarité.

 

Nous, nous imaginons aussi qu'il sait parfaitement, depuis le temps, que l'« innocuité » se démontre aussi facilement que l'inexistence des anges...

 

Nous, nous imaginons aussi – quoique... – qu'il savait parfaitement qu'il poussait le bouchon en évoquant « les consommateurs » alors qu'il s'agissait de la viande d'un seul agneau.

 

Sur le site que j'ai longtemps squatté, M. Suwalki – que je remercie encore une fois au passage – a écrit que M. Veillerette était «  toujours à l’affut d’une ânerie à proférer » [17]. Non, c'est pire que ça : ce n'est pas une ânerie quand le propos fallacieux est délibéré.

 

Mais nous pouvons rassurer M. Veillerette – enfin non, puisqu'il sait parfaitement de quoi il en ressort : la question a été soumise à l' l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) qui a conclu, avec les précautions oratoires d'usage, qu'il n'y avait aucun risque [18].

 

_______________________

 

[1] http://www.leparisien.fr/sciences/dysfonctionnements-a-l-inra-un-agneau-meduse-se-retrouve-dans-la-chaine-alimentaire-selon-le-parisien-23-06-2015-4885557.php

http://www.leparisien.fr/faits-divers/la-folle-histoire-du-mouton-ogm-23-06-2015-4885599.php

 

[2] http://institut.inra.fr/Toutes-les-actualites/Inra-signale-a-la-justice-avoir-introduit-sur-le-marche-un-animal-issu-d-un-programme-de-recherche

 

[3] http://www.20minutes.fr/societe/1638951-20150624-scandale-agneau-meduse-enquete-ouverte

 

[4] http://www.sciencesetavenir.fr/animaux/20150623.OBS1364/la-veritable-histoire-de-l-agneau-meduse-arrive-dans-l-assiette-du-consommateur.html

 

[5] http://www.franceinfo.fr/actu/faits-divers/article/affaire-du-mouton-ogm-un-plan-d-action-de-l-inra-le-30-juin-stephane-le-foll-696010

 

[6] Par exemple :

http://www.sud-recherche.org/SPIPprod/spip.php?article1301

 

[7] http://www.liberation.fr/debats/2015/03/20/colzas-et-tournesols-genetiquement-modifiesla-contamination-a-commence_1224897

 

[8] http://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/video-des-faucheurs-d-ogm-detruisent-une-parcelle-de-colza-dans-le-maine-et-loire_869041.html

 

[9] Voir en particulier :

http://imposteurs.over-blog.com/article-e-coli-et-ogm-elucubrations-d-herrade-nehlig-et-censure-aux-dernieres-nouvelles-d-alsace-78743821.html

http://www.terresacree.org/actualites/1643/actualite-e-coli-et-la-resistance-aux-antibiotiques-71354

 

[10] http://www.euractiv.com/cap/unauthorised-gm-potato-found-swedish-fields-news-497498

 

[11] http://www.agro.basf.com/agr/AP-Internet/en/content/news_room/news/cause-of-starch-potato-comingling-identified

 

[12] Par exemple :

http://www.npr.org/sections/thesalt/2014/09/26/351785294/gmo-wheat-investigation-closed-but-another-one-opens

 

[13] http://www.franceinfo.fr/emission/tout-info-tout-eco/2014-2015/le-marche-de-la-viande-bio-dit-merci-l-agneau-meduse-25-06-2015-06-53

http://www.rtl.fr/actu/sciences-environnement/la-filiere-bio-pourrait-beneficier-l-affaire-de-l-agneau-meduse-7778889466

 

[14] http://www.interbev.fr/wp-content/uploads/2015/06/CP_Observatoire-_viandes_bio_chiffres2014-DEF.pdf

 

[15] http://www.economie.gouv.fr/dgccrf/filiere-lagriculture-biologique

 

[16] http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/le-journal-de-8h-un-agneau-meduse-se-retrouve-sur-le-marche-par-erreur-7778840118

 

[17] http://imposteurs.over-blog.com/2015/06/un-agneau-genetiquement-modifie-commercialise-le-danger-est-dans-le-dechainement-mediatique.html

 

[18] https://inra-dam-front-resources-cdn.brainsonic.com/ressources/afile/290522-4affd-resource-avis-de-l-anses-consequences-sanitaires-eventuelles-de-lointroduction-doun-ovin-issu-doune-brebis-genetiquement-modifiee-dans-la-chaine-alimentaire.html

 

 

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